Vendredi 27 mai 2011
5
27
/05
/Mai
/2011
19:29
Depuis Aktau nous n'avons pu nous connecter à internet, c'est donc la première chose que
nous faisons en arrivant à Boukhara. Retour au monde moderne! On ne sait pas encore où on va dormir aujourd'hui car le téléphone de notre couchsurfeuse ne fonctionne pas. Heureusement, j'ai un
plan B, trouver un petit hôtel nommé Munbinjon qui est tenu par un tadjik, ancien champion olympique de ping-pong. C'est aussi il parait le plus vieil hôtel de la ville. Il est un peu délabré
mais on peut encore admirer les beaux plafonds, les frises et les poutrelles ciselées. La douche est remise à plus tard car celle de la guest-house ne marche plus mais on est plus à un jour
près!
Dès le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil sur des kurpatchas (les matelas
traditionnels ouzbek) nous partons à la découverte du vieux Boukhara. J'ai l'impression de marcher dans un décor de cinéma. Les mosquées et les madrasas ont été rénovées, parfois même un peu
trop, et exhibent toutes des mosaïques les plus belles les unes que les autres. J'aime le bleu turquoise de la majolique des coupoles qui s'élèvent au dessus des pierres ocres. Mais la place
Liab-i-Khaouz a ma préférence. Elle est entourée de monuments splendides et au milieu un bassin entouré de mûriers pluricentenaires rafraîchit l'atmosphère. Les arbres sont noueux et leurs
feuillages touffus cachent des baies juteuses et sucrées. Comme une enfant je me contorsionne pour cueillir les fruits mûrs qui explosent souvent dans mes mains avant d'être mangés. Sous les
arbres, des bancs voient défiler les touristes sexagénaires, des jeunes l'oreille vissée à leur portable, des enfants suçant une glace, des vieillards prenant un peu de repos. Mon voisin est de
ceux là, c'est un ouzbek édenté de 80 ans qui a fait la guerre avec les russes en Allemagne et qui m'annonce fièrement “Hitler, Kaput!”. Puis, reposé par l'ombre des mûriers, il reprend sa marche
claudiquante.
Entre temps nous avons réussi à joindre Rahima, notre hôtesse Boukhariote, qui nous
accueille dans la maison familiale, à l'écart de l'agitation du centre-ville. La maison s'articule autour d'un jardin potager et de quelques arbres fruitiers. Le soir venu nous partons faire le
pain avec ses parents dans la maison que son père construit pour ses enfants. Le four est en plein air et les galettes de pâte sont enfournées par une ouverture sur le dessus du four pour être
collées sur la paroi. Il fait déjà très chaud autour du four mais la maman de Rahima passe régulièrement le bras à l'intérieur pour vérifier la cuisson des pains et les retourner. Elle n'est
protégée que par un gros gant et des flammèches apparaissent au bout de temps à autre. Elle s'arrête parfois pour permettre à ses membres de reprendre une température normale. Le pain chaud est
délicieux mais quel supplice pour le cuire! Je touche ses mains toutes rêches et ridées et en rentrant à la maison je lui donne mon tube de crème Polaar pour les mains. Elle en a bien plus besoin
que moi! Elle est toute contente et en a même les larmes aux yeux. Ce n'est pas si souvent qu'on doit se préoccuper de sa peau et lui faire des cadeaux de ce genre. Rahima est rentrée avec les
enfants du parc à 10h du soir pour profiter de la fraicheur nocturne. Nous dinons tous ensemble autour de mes photos de voyage. Les enfants ont voulu se joindre à nous et tombent de sommeil les
uns après les autres. La maman de Rahima en oublie presque de manger mais elle aussi commence à avoir les paupières lourdes. Le lendemain matin c'est à son tour de nous montrer les photos de son
pèlerinage à la Mecque dont elle vient tout juste de rentrer.
Nous partons en fin de matinée de Boukhara, la route est facile et le paysage est plus vert
mais je sens mon manque de sommeil de la nuit passée. Nous sommes hébergés ce soir là dans une maison à qui nous avons demandé de l'eau. Ils nous ont proposé de dormir à la belle étoile sur
l'estrade traditionnelle. Cette estrade sert à tout, à s'allonger pour la sieste, boire le thé ou prendre les repas. Après le thé , je commence à somnoler avant de m'endormir profondément jusqu'à
l'heure du diner. Nos hôtes viennent nous rejoindre avec pleins de bons petits plats faits maison dont les fruits au sirop maison dont je raffole: des prunes, des abricots mais aussi des figues
gorgées de soleil et de sucre. La femme ne sait pas parler russe et sa timidité a vite disparu. Elle est maintenant très volubile et je ne comprends pas grand-chose à ce qu'elle me raconte. A
chaque fois que je lui sors “Nipanymayou” (je ne comprends pas ), elle rigole et découvre ses dents en or. Son mari a saisi une occasion de boire et on ingurgite avec lui plusieurs bols de vodka,
cul-sec s'il vous plait! Qui sont suivis aussitôt par des bols de vin, cul-sec aussi ! Eh oui, c'est un peu déroutant au début mais ici ils boivent d'un trait tous les alcools et toujours dans
des pialas. Pour la vodka ça passe encore mais pour le vin et la bière c'est un peu dommage, on n'a pas le temps de déguster.
La nuit fut bonne, l'alcool y est sûrement pour quelque chose. Mais le lendemain matin, 500m
après la maison je recroise le mari et me fais avoir en beauté : il me tend un piala que je crois rempli d'eau au premier abord mais je comprends vite mon erreur... un bol de vodka à 9h du mat' c
'est bien la première fois que ça m'arrive, je ferais attention la prochaine fois! Je décline le deuxième prestement, faut pas exagérer quand même!
Notre randonnée se poursuit dans un paysage verdoyant. Des enfants grimpent dans les mûriers
pour y déguster les baies et les villages sont de plus en plus nombreux. Mais qui dit verdure dit insectes. A présent de nombreux cadavres de frelons mutants jonchent la route. Je ne sais pas ce
qui les fait tomber ainsi comme des mouches, est-ce les voitures qui arrivent à vive allure? Toujours est-il que, pour les cyclistes ça marche aussi. Alors que j'étais en train de rouler
tranquillement, l'une de ces grosses bestioles est venue s'empaler sur mon cou. C'est sûr il a dû être sonné après un tel choc: moi à 25 km/heure et lui voletant en sens inverse. Il a sûrement
rejoint ses camarades sur le bitume brûlant. En tout cas la collision n'a fait heureusement qu'une victime, et ce n'était pas moi! Ça brûle énormément les piqûres de ces insectes et ça gonfle
aussi avant de démanger pendant plusieurs jours. J'ai retrouvé sur Wikipédia la photo de mon agresseur, un frelon oriental ou vespa orientalis. Et sur Wikipédia toujours, il précise que
“Selon une idée reçue, le frelon serait, parmi les hyménoptères, celui dont la piqûre est la plus dangereuse. Cette affirmation est le plus souvent fausse : une piqûre de frelon n'est
généralement pas plus dangereuse qu'une piqûre de guêpe ou d'abeille. De plus, le frelon est assez pacifique et n'attaquerait qu'en dernier recours. Néanmoins la piqure est particulièrement
douloureuse à cause d'un taux plus important d'acétylcholine. Bref après un bon traitement à la cortisone, ça va beaucoup mieux, je m'en sors juste avec une tête un peu bouffie pendant
quelques jours. Allez savoir pourquoi, la cortisone fait désenfler les zones affectées pour faire gonfler le reste de votre corps. C'est à n'y rien comprendre...
Le lendemain matin, Vincent se lève malade et ça ne s'arrange pas au cours de la journée, il
a attrapé une sorte d'angine et a de la fièvre. Nous nous arrêtons donc 40 km avant Samarcande et au bon moment car un violent orage éclate alors qu'on finit de monter la
tente.
J'avais encore en tête la description d'Ella Maillart entrant avec ses chameaux dans
Samarcande, le joyau du terrible empereur Tamerlan devenue une escale légendaire de la route de la soie au milieu du désert . Pour moi ce fut un peu différent, je suis rentrée avec mon fidèle
destrier d'acier dans un concert de klaxons. Et le désert a complètement disparu face au aux arbres, au gazon et au bitume.
Nous arrivons donc pour le déjeuner à Samarcande. notre couchsurfeur a été papa dans la nuit
et vient de commencer un nouveau job donc c'est un peu la panique de son côté. Nous allons dormir chez sa cousine, Farangiz qui nous emmène visiter la ville. Ça tombe bien elle fait des étude de
guide interprète et a plein d'histoires à nous raconter. Samarcande est complètement différente de Boukhara, bien plus grande et surtout la vieille ville n'existe plus. Seuls subsistent les
monuments historiques perdus au beau milieu de la ville moderne: mosquées, mausolées et médersas me semblent encore plus imposantes qu'à Boukhara. Le plafond couvert de feuille d'or du dôme de la
mosquée Tilla Kari, les lions-tigres ornant le portail de la madrasa Chir-Dor, l'imposant mausolée Gour Emir mais surtout Shah-I-Zinda, la nécropole du “roi vivant”. Une ruelle monte sur la
colline de l'Afrosyab qui domine la ville découvrant un enchevêtrement de mausolées aux mosaïques bleutées. À l'intérieur de l'un d'eux un religieux psalmodie une prière, les visiteurs assis
contre les murs. Silence de l'assistance. A la fin de l'oraison, certains se dirigent devant la tombe pour faire des offrandes. Il n'est pas rare de voir ainsi sur les tombes des billets laissés
par les dévots. Ce dédale est étourdissant, les mausolées étant bâtis au cours de plusieurs siècles ils présentent tous des motifs différents qui se répètent à l'infini sur les
façades.
Nous sommes pris par l'orage un première fois en descendant de l'observatoire
d'Oulough-Begh, le petit-fils de Tamerlan qui lui succéda. Poète et mathématicien, il fut l'un des plus grands astronomes de son temps. Grâce à son sextant géant, il réussit entre autre à
répertorier plus de mille étoiles! La pluie nous attrape une nouvelle fois à Shah-I-Zinda puis sur le chemin du retour à la maison, nous décidons donc de rester une nuit de plus à Samarcande car
le ciel est vraiment trop menaçant. C'est l'occasion ce soir-là de faire à notre hôte de la cuisine française et d'apprécier la différence de nos ustensiles de cuisine! Pas facile de réaliser une
omelette au pomme de terre rissolées sans poêle adéquate et sans pelle et encore plus difficile de faire des crêpes... Mais finalement c'était bon quand même!
Derniers Commentaires