Atterrissage en douceur sur une piste de terre battue. Nous sommes au milieu du désert, entourés de montagnes. Nous avons changé de monde. Même si Olgii est l'équivalent d'une préfecture, elle me semble bien petite. Des maisons de plein-pied, pas de building. Contre toute attente, nous avons trouvé des distributeurs automatiques, les technologies avancent lentement mais sûrement dans ces contrées reculées.
Notre hôte est américain et professeur d'anglais. En tant que Peacecorp, il vit ici simplement avec l'équivalent de 200 dollars par mois. Pas de quoi faire la fête tous les jours et traverser le
pays en 4X4! Il vit chichement dans une pièce unique sans eau courante et dont les fenêtres sont disjointes. Les latrines sont dans la cour et la douche se fait au bain public une fois par
semaine dans le meilleur des cas. Mais comme me dira une mongole un peu plus tard, un nomade qui se lave une fois par semaine, c'est déjà une poisson... Sa seule source de chaleur pour affronter
les moins 40°C de l'hiver est le poêle en bois situé dans un coin de la pièce. La vie en hiver est difficile, une douche par mois en moyenne car c'est une effort incroyable de se déshabiller pour
se laver. Le matin il fait moins 5 dans la pièce, l'eau du seau est gelée et la vie s'articule autour du poêle qui brûle du charbon. De ce fait la ville est recouverte d'un nuage noirâtre en
permanence dès que le froid s'installe.
Nous avons fais des photocopies de la carte détaillée d'un chauffeur pour suivre les pistes secondaires, des courses au bazar et finalement nous n'avons pas eu le temps d'aller aux bains publics
(nous sommes passés à la mode mongole ;-)). Un couchsurfeur est arrivé tardivement ce soir alors que l'on préparait le dîner en sirotant une bière, une purée de pomme de terre parfumées à l'ail
et aux oignons avec plein de beurre et de lait. On dormira donc à quatre dans le studio de Brian. Entre les sacs et les matelas de sol, il n'y a plus un m2 de libre!
Premier jour de piste dans un paysage grandiose et très désertique. Les montagnes sont violettes, rouges. Pas un arbre. Les seules traces vertes sont le long de la rivière que nous suivons une
partie de la journée. De la belle herbe verte et des arbres à l'ombre bienfaisantes mais envahis de moustiques et de mouches. C'est intenable la concentration de ces insectes! Même chose le soir
quand nous arrivons dans un endroit tranquille un peu en surplomb de la rivière que nous venons de retrouver. Un nuage de moustiques et de mouches s'abat sur nous mais c'est le seul endroit où
nous pouvons avoir facilement accès à l'eau et planter notre tente car le sol est meuble et nous sommes à l'abri du vent. Malgré les vêtements longs et les gants, les moustiques arrivent à
piquer à travers les vêtements. Je mets mon coupe-vent et mon pantalon de pluie, mes buffs et mes lunettes me recouvrent presque entièrement la tête. Malgré ça, j'ai le visage boursoufflé de
piqûres en quelques minutes. Heureusement le vent se lève et la fumée du feu les éloignent un peu.
La piste est devenue difficile aujourd'hui. Beaucoup de sable. Ça freine en montée et parfois même on descend du vélo pour pousser. En descente, ce n'est pas mieux. Ça chasse de tout côté. Le
vélo devient incontrôlable et c'est le gadin assuré. La dernière descente de la journée dans un sol un peu mou a été cependant un vrai plaisir. Devant nous le jardin d'Éden: un lac entouré
d'herbe et de montagnes multicolores. Chaque col nous fait découvrir un nouveau panorama et nous ne sommes jamais déçu. Tout est grand, si grand! Nous croisons quelques Kamaz, de vieux
camions russes, des minibus un peu brinquebalants. Quelques villages, des yourtes les plus souvent, petites tâches blanches près d'un lac ou dans la montagne. Un magasin se résume à quelques
gâteaux secs, des bouteilles de soda, une boîte de cornichons ou de légumes au vinaigre installés sous une yourte. Un gamin dort dans le lit pendant que nous effectuons nos achats.
Ce matin j'ai pris ma douche à la rivière avant les premiers rayons du soleil. Heureusement car alors que je finissais les moustiques ont fondu sur moi et en l'espace de cinq minutes j'ai bien dû
avoir une vingtaine de piqûres. Ce soir, idem, les moustiques ont rappliqué mais plus tard qu'hier et nous avons pu dîner tranquille. Ces bêtes perfides ne nous laissent aucun répit. Ils en
profitent à la moindre occasion. Descente sur le lac d'Achirt, les deux mains cramponnées au guidon dans la piste sablonneuse. Un moustique vient me sucer le sang juste derrière l'oreille. Je le
sens aspirer le fluide mais impossible de l'en empêcher. J'ai besoin de mes deux mains. « Gave toi mon petit, ton tour viendra, sois en assuré. Tu ne perds rien pour attendre! »
Le village est désert. Une yourte avec un vieil homme voûté, une autre maison avec un monsieur plus jeune mais guère plus fringuant et de petites maisons en bois et terre, un peu délabrées pour
la plupart et toutes cadenassées. L'eau du puits est très fraîche et nous avons acheté une bouteille de lait frais plongé dans ce frigo improvisé. Un vrai régal! Les produits laitiers ce n'est
pas tous les jours qu'on peut en trouver. Le vieux monsieur vient nous voir de temps en temps. Il fume en silence sa cigarette roulée dans du papier journal, accroupi près de la tente et ne dit
rien. Il doit avoir besoin de compagnie. Il porte un bonnet qui fut blanc, un dell en lambeaux et de grosses bottes fourrées qui ont elles aussi bien vécues.
Le vent a soufflé un bonne partie de la nuit mais la pluie n'est arrivée que peu après 6h du matin. Alternance d'averses et de bruines. Des flaques se sont formées, ce qui ne présage rien de bon
pour la piste. Le monsieur de l'unique maison m'a ouvert la salle des fêtes pour nous abriter. Un minibus touristique est arrivé et nous a invité pour le déjeuner. Ils ont été contraints de
modifier leur itinéraire à cause d'une rivière sortie de son lit. J'ai ainsi appris que le monsieur est un gardien de « bag » la plus petite sous-division administrative en Mongolie.
Les nomades viennent ici faire la fête ou relever leur courrier. Mais de nos jours, grâce aux nouveaux moyens de locomotion, ils n'ont plus besoin d'y séjourner et peuvent retourner
directement dans leur campement de yourtes. Voilà pourquoi il y a ici un puits, un terrain de basket et une salle des fêtes! Seul ce vieux monsieur a laissé sa yourte au milieu de la place
déserte, trop vieux pour garder un troupeau. Il passe son temps chez le gardien, sous sa yourte ou à errer dans les environs, enchaînant les cigarettes roulées dans du papier journal. Ces deux
homme sont la même respiration d'asthmatique et se tiennent compagnie. On est sûrement ici plus fort à deux pour affronter les moins 40°C.
Nous échangeons quelques mots à présent avec le gardien. Il a découvert le phrasebook anglo-mongol que Brian m'a donné à Olgii et commencé à le lire. Depuis, il revient nous voir régulièrement,
nous apprend quelques mots de mongol, rectifie notre prononciation, nous parle du temps. Il m'a découragé de partir aujourd'hui et il a eu raison car la pluie ne nous a pas quittés, venant du lac
d'abord et des montagnes ensuite. A croire que ce vallon paisible est le point de ralliement des tous les nuages des alentours. Cette après-midi il a regardé le ciel et assuré qu'il n'y aurait
pas de pluie cette nuit ni demain.. pourvu qu'il ait raison.
Fin de journée. Le temps a l'air de se stabiliser. Un rayon de soleil passe à travers la porte. J'entends les deux compères chantonner ou échanger des phrases incompréhensibles. Le vieux est venu s'assoir près du poêle éteint. Il marmonne en regardant le tuyau du poêle et sort sa boîte de tabac, roule une cigarette puis sort et vient s'accroupir, adossé au mur baigné de soleil. Il se tait. Les oiseaux chantent. J'entends ronfler le moteur d'une vieille jeep russe au loin. Ah non, en fait il y en a deux, l'une tracte l'autre. Des gerbes d'eau. Elles klaxonnent. Signe de la main. le bruit s'éloigne et la vallée retrouve son calme. Je me gratte les joues rongées par les moustiques. La montagne s'éclaire, le ciel bleu gagne du terrain. Au loin une traînée de pluie. Allez, demain il fera beau!
Les cols se succèdent. Les pistes mongoles correspondent à nos chemins de randonnée français. Du sable, des cailloux, des graviers. J'effectue une partie des montées à pied car une fois que j'ai
mis pied à terre, la pente est trop raide pour que je puisse remonter sur mon vélo. Pas la force avec les bagages. Il faut négocier les cailloux et les trous. Mais à faible allure en montée
chacun est un obstacle. Passera, passera pas? La descente se fait souvent en hors-piste. Ça secoue mais c'est souvent meilleur que le chemin. Hier nous avons bivouaqué en pleine montagne, dans la
pente je me suis trouvée une petite cuvette parfaite pour mettre la tente. Nous avions pédalé jusqu'à 19h, pas moyen de s'arrêter avant. L'endroit était parfait. Juste à côté d'un torrent et face
à une chaîne de montagnes. Le regard portait loin. Des edelweiss un peu partout. En contre-bas des yourtes.
Les débuts furent un peu difficiles le lendemain. Dur de commencer par une descente en hors piste car ce n'est pas mon fort la descente. Deux chutes. Arrivés près du lac Ureg, nous ne voyons toujours pas le village indiqué sur notre carte. On a plus grand-chose à manger alors on hésite sur la piste à suivre: la piste principale est beaucoup plus montagneuse alors que la piste secondaire est plus aléatoire... Finalement on opte pour la piste principale mais le nombre de véhicules est quand même restreint. Trois véhicules en une après-midi tout sens confondus! Deux motards nous ont donné deux litres d'eau car notre carte n'indiquait ni torrent ni yourte. Par contre un camion m'a demandé de l'eau, pourtant c'était pas la place qui lui manquait pour en stocker! A la fin de la journée, au terme d'une longue montée, une vallée peuplée de yourtes se découvrent de l'autre côté du col. On nous as donné du lait, du pain et du fromage et la grand-mère nous a joué un air sur une sorte de violon à deux cordes pendant que les filles exécutaient une danse lancinante.
Le montage des tentes et nos vélos furent l'attraction de la fin du journée du campement. Nous allons dormir au milieu des chèvres et des moutons qui ont été rapatriés près des yourtes pour la
nuit. Pour l'instant pas de problème avec les chiens, assez placides. Pas un arbre, les bouses alimentent le poêle. La grand-mère se promène régulièrement près du camp avec un grand sac sur le
dos à la recherche du combustible. Pour les toilettes, c'est pas très pratique non plus... les filles m'ont indiquée une direction. En bref, tu t'éloignes un peu du campement et tu t'accroupis...
Finalement la nuit près des yourtes ne sera pas la meilleure. Les chèvres au petit matin se sont réveillées et approchées un peu plus près. Elles donnent des coups de tête dans la tente, essaient
d'attraper la toile pour la mordiller, tirent sur les ficelles et ont même réussi à m'enlever une sardine. Je suis sortie leur faire peur, ai donné des coups de l'intérieur de la tente mais rien
n'y fait. Elles s'éloignent comme une volée de moineaux puis reviennent presque aussitôt. Après les chèvres, se fut au tour des vaches de se réveiller. Elles trouvent apparemment très agréable de
se frotter aux guidons des vélos et se prennent les pattes dans les fils de nos tentes par la même occasion. Bref entre 5h et 6h30, je n'ai pas dormi...
Tout le coin est passé nous voir ce matin pour regarder le fonctionnement du réchaud. Je suis partie chercher de l'eau avec une voisine et j'ai enfin découvert le puits, un trou recouvert d'un pneu. Si l'eau n'est pas très limpide, en revanche elle est fraîche. Des glaçons flottent et pourtant elle n'est qu'à 3 ou 4 mètres de profondeur. Avec mes 4 bouteilles, je suis un peu ridicule, ma voisine porte, elle, un bidon d'au moins 30 litres sur le dos. Elle me fait répéter des mots et chantonne sur le chemin. En rentrant j'ai compris comment les femmes faisaient pour aller aux toilettes. Elles mettent une grande cape et du coup pas besoin de s'éloigner trop du campement.
Finalement le dernier col n'était pas trop difficile. En une heure c'était gagné. Ensuite une grande descente de 10 km nous a fait quitter la montagne et rejoindre la plaine. Impressionnant le
changement de décor! Nous sommes arrivés sur un terrain complètement plat et désertique. En bas un couple nous a donné des chocolats. Quelques kilomètres plus tard, nous avons retrouvé le goudron
qui nous a conduit jusqu'à Ulangom. J'ai essayé d'éviter les sauterelles, de gros insectes énormes avec un long dard qui font un bruit d'hélicoptère quand ils s'envolent. Mais il y en avait des
milliers sur la route donc j'ai participé au carnage.
Nous avons opté pour l'hôtel ce soir, nous avons besoin d'électricité et il n'est pas possible de poser la tente en ville car il n'y a aucun espace vert. L'hôtel est assez pourri mais la courette
est agréable et surtout on peut prendre notre douche et faire notre lessive chez le plombier qui habite juste à côté. De quoi repartir propre pour affronter les poussières du centre du pays!
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