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Lundi 8 août 2011 1 08 /08 /Août /2011 20:46

Nous avons repris la route le 15 juin, il était temps! Nous sommes sortis de la ville sans trop de problème et même si le paysage n'était pas fantastique, ça faisait du bien de pédaler. Mon cerveau s'est remis à fonctionner comme à l'accoutumée: tantôt le vide dans la tête, tantôt des rêves éveillés et l'esquisse de nouveaux projets. Les soucis passés étaient bien loin.

 

kazakhstan- après ayagoz (2)

 

Avant d'atteindre Qapshaguai nous avons essuyé quelques orages et le vent violent me projetait sur le bas-côté à chaque nouvelles rafales. Situé près d'un grand lac, je me l'imaginais bucolique mais la rue principale abrite en réalité une rangée de casinos. C'est assez glauque cette enfilade de bâtiments sans âme. Nous avons finalement atteint l'un des faubourgs de la ville où se pressent des petites maisons sur un terrain sablonneux et nous avons posé nos tentes. Le lendemain le lac se découvre sous un meilleur jour, nous longeons de petites criques qui invitent à la baignade. De jolies villas se dévoilent, on je comprends mieux la suite de casinos de la veille.

 

kazakhstan- après taldyqorghan (0)

 

La route est moins passante à présent. Il faut avancer plus vite si nous voulons prendre notre avion le 24. Nous décidons de faire du stop jusqu'à Taldikorgan. Une voiture s'arrête presque aussitôt. C 'est un couple de quinquagénaires très perturbés par le manque d'essence. Tout d'abord sceptiques sur la possibilité de mettre notre attirail dans leur voiture, ils se révèlent très agréables et plaisantent sur notre voyage. Ils se détendent quand enfin ils trouvent des bidons d'essence au fin fond d'un village. Nous arrivons à Taldikorgan sous une pluie battante mais comme il est encore tôt nous décidons d'attendre la fin de l'averse et de camper à l'extérieur de la ville. La fin de la journée est finalement très ensoleillée, le ciel s'est découvert et nous campons à côté d'une rivière.

 

kazakhstan- après qyslashy

 

J'entends les gouttes sur la tente à mon réveil. Je me rendors aussitôt et quand  je me réveille à nouveau une heure plus tard, la pluie s'est arrêtée. La route est particulièrement belle aujourd'hui. De la steppe fleurie, des montagnes, quelques troupeaux de chevaux. On arrive plus tôt qu'escompté à Qysulagash, on a même failli louper le village car on l'attendait 20 km plus loin! L'eau fraiche nous donne un second souffle pour faire 40 km supplémentaires. Je ne vois pas le temps passer, je contemple la chaîne de montagnes qui vire au guimauve avec la fin du jour. Nous bivouaquons en hauteur dans des herbes. Des effluves odorantes nous titillent le nez dès que nous foulons le sol.

 

kazakhstan-bivouac près de sagabuyen

 

Nous sommes réveillés par des troupeaux qui passent devant nos tentes. Le soleil est féroce et nous nous réfugions à l'ombre d'un talus pour prendre notre petit déjeuner. J'ai l'impression de perdre aussitôt l'eau du thé ingurgité. Il fait de plus en plus sec. Les lèvres se craquèlent. Il me tarde d'atteindre le prochain village pour avoir de l'eau fraîche! Le goudron fond sur la route, il dégouline, on dirait des coulées de pétrole. Ça sent mauvais. Les voitures roulent sur le bas-côté pour éviter de déraper et on leur emboîte le pas dans un nuage de poussière. Ce soir-là on a atteint un village très agréable. Une rue principale bordée d'arbres et de maisons bleues et blanches aux jardins fleuris. A la pompe une femme russe aux ongles multicolores assortis à sa robe qui vit toute seule nous propose de dormir chez elle. Elle a allumé le banya. J'ai rêvé d'une douche toute la journée, je suis aux anges!

 

kazakhstan- à qoylyk chez lubna


J'ai dormi d'un sommeil de plomb sur le tapis du salon. Pas de troupeau ni de soleil brûlant pour me réveiller de bonne heure ce matin. J'émerge lentement dans la pénombre. Loubna est déjà réveillée.

 

La route a changé mais elle est toujours aussi belle, surtout en fin de journée quand la pluie s'abat sur les montagnes. Nous aussi on s'attend à avoir un gros orage car le ciel s'est obscurcit mais rien. Juste une bonne averse. Les éclairs sont restés au loin. Et pourtant les corbeaux énervés ont coassé pendant longtemps, les arbres se sont pliés sous le vent et le bétail a été rentré à la hâte. Nous avons planté la tente en haut d'une petite butte à la sortie du village, l'endroit idéal pour observer les allées et venues des troupeaux et le soleil couchant.

 

kazakhstan- fin de journée à qyslashy (1)

 

Je ne comprends toujours pas les suicides collectifs de corbeaux. A chaque fois ils colonisent quelques arbres où il pullulent dans un vacarme effroyable. Des cadavres jonchent la route, à croire qu'ils ne sont pas capable d'éviter les voitures. Dès 4 heures du matin, le ciel a blanchi à l'horizon et les corbeaux se sont réveillés au dessus de nos tentes. Impossible de dormir. On se croirait dans le film d'Hitchcok. Il n'y a qu'à attendre en espérant que cela cesse et qu'ils aillent s'installer dans d'autres arbres un peu plus loin...

 

kazakhstan- fin de journée à qyslashy (3)


Encore et toujours de la pluie. A l'heure du déjeuner nous sommes arrivés à une intersection. A partir de là, 100 kms sans âme qui vive s'étend devant nous. Comme la pluie n'a pas l'air de vouloir s'arrêter, nous décidons de faire du stop sous un petit abri. Aucune voiture pendant deux heures. Enfin, après plusieurs heures d'attente, un camion s'arrête et nous emmène à Ayagoz. Le type est sympa mais il a la mauvaise habitude de tout jeter par la fenêtre. Voilà pourquoi des paquets de cigarettes et des bouteilles en plastiques jonchent les bas-côtés de la route. Il rigole tout le temps et me tape sur la cuisse dès qu'il veut me dire quelque chose. Il s'énerve contre son président à la vue de la route pleine de trous et peste de plus belle quand son camion s'en prend un. C'est la première fois que je rencontre au Kazakhstan quelqu'un qui critique ouvertement la politique de son pays!

 

kazakhstan- avant qyslashy (1)

 

Ayagoz est une ville glauque à souhait, des immeubles délabrés, des rues poussiéreuses. Malgré tout, tout le monde nous dit bonjour et vient à notre rencontre. L'épicière a même insisté pour nous offrir les courses. Le coin est infesté de moustiques et de petites mouches. Les moustiques piquent à travers les vêtements et font presque la taille de pièce de un euro. Le dîner est vite expédié pour se réfugier sous  la tente car ça devient vite insupportable.

 

kazakhstan- cimetière sur la route d'oskemen


Le lendemain, la route offre plus de visibilité que la veille donc nous faisons du stop en roulant car le temps presse. Autant avancer plutôt que d'attendre au bord de la route. De plus, il y a des villes tous les 40 kms environ et pas de pluie à l'horizon. La route est aussi peu fréquentée qu'hier et il n'y a pas beaucoup de camions. Après deux heures de vélo, un kazakh nous prend en stop. Toujours aussi cool ces routiers! Il est tout sourire, moins exubérant que celui d'hier et veut nous offrir à déjeuner en prétextant que nous sommes ses invités. J'ai finalement réussi à retourner la situation à notre avantage en arguant qu'il est notre bienfaiteur car son camion est un cadeau du ciel dans ces contrées désertes.

 

kazakhstan- avant oskemen (5)

 

A notre demande notre chauffeur nous a arrêté au milieu de nulle part car nous avons encore un jour devant nous pour arriver à Oskemen. Et le paysage est magnifique ici. Une sensation de bout du monde, pas un village sur la route et des montagnes qui pointent fièrement le bout de leur nez au milieu du vert de la steppe. Sans y croire vraiment, on a suivi une piste pour atteindre un village et un lac mais les kms annoncés même multiplié par trois n'ont fait apparaître ni l'un ni l'autre alors nous avons posé la tente près d'un bosquet. J'ai été vérifier après le dîner. Le lac et le village existent. Je les ai découvert de l'autre côté de la montagne. C'était juste une histoire d'appréciation des distances. Mais on a rien perdu car l'endroit où nous sommes est idyllique. En explorant un peu plus les alentours j'ai découvert des jeunes plans de marijuana le lendemain matin. Au Kazakhstan, ça pousse naturellement partout. J'en ai déjà vu sur le bord du trottoir à Almaty.

 

kazakhstan-route d'oskemen - on prend la pause

 

Comme on avait épuisé toutes nos provisions, on a été prendre un petit-déjeuner au bord de la route. On était tellement exotique que la patronne est partie enfiler une robe à la place de son vieux tablier pour poser avec nous devant son restaurant. On avait le vent dans le dos et plutôt de belles descentes mais la pluie nous a rattrapé malgré tout. Depuis le matin nous lorgnions sur le rideau de pluie qui se rapprochait inexorablement. On a laissé passer le gros de l'orage sous un abribus sans âge et on a continué sous le crachin jusqu'à Oskemen. Alex et sa sœur, deux russes nous accueillent ce soir; avec une sacré nouvelle. Il y a eu un incident au béryllium aujourd'hui et il n'est pas trop conseillé de sortir. La sœur d'Alex, m'a fait avaler une poudre blanche qui absorbe soi-disant les substances toxiques. Ça n'a pas l'air d'inquiéter grand monde ici. Il faut dire qu'ils sont habitués à ce genre d'épisode. La ville d'Oskemen est peut-être dans un cadre magnifique mais elle est extrêmement polluée par les usines alentours.

 

kazakhstan- avant oskemen (3)

 

Nous avons été à l'aéroport et fait les courses en prévision de notre départ, toujours sous la pluie. Scotch, carton,  grand sacs. Nous sommes parés pour emballer nos vélos. En fin de journée Alex nous emmène faire une longue balade le long du fleuve et en centre-ville. Nous profitons de notre dernière soirée au Kazakhstan...

kazakhstan-oskemen-coucher de soleil

 

Le 24 juin, départ à 9h de chez Alex car notre avion est à 12h. En une heure nous étions à l'aéroport et le personnel n'était pas encore arrivé. Lors de notre passage en douane, ils ont un peu tiqué sur nos multiples visas kazakh mais on est passé sans problème. Même les vélos n'ont posé aucun soucis. Nous embarquons dans un petit avion d'une cinquantaine de places. A nous la Mongolie!!! 

 

kazakhstan-oskemen-la nuit-copie-1

Par parisvladiv
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