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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 01:24

 

Russie (028)-vladivostok-devant la gare

La lourdeur russe jusque dans les moindres détails... Ce matin, checking out. Je suis à l’accueil pendant qu'on vérifie la chambre. Compte tenu de notre saleté hier soir c'est un miracle qu'elle soit si propre et j'en suis même surprise. On m'annonce pourtant 500 roubles de frais pour des serviettes de toilette sales, soit-disant non récupérables ! Finalement nous les avons lavées à la main pour récupérer notre caution. J'aurais compris si j'avais nettoyé ma chaîne de vélo avec mais ce n'était qu'un peu de boue.

Russie (011)-vladivostok-construction des ponts

Après ce première épisode matinal, direction l'Alliance Française qui réserve toujours de belles rencontres. Enfin un peu de douceur ! Nous avons ri de notre première impression de Vladivostok avec les professeurs. Elena, amoureuse de sa ville natale, s'est jurée de me faire changer d'avis. Claire, fraîchement arrivée, nous propose gentiment de nous héberger. Elle habite dans un ghetto de Vladivostok. Des bâtisses désaffectées, des herbes folles, des chemins boueux mènent aux barres d'immeubles soviétiques. Façades décrépites, halls vétustes, boîtes aux lettres rouillées, escaliers tagués. A l'étage, une première porte s’ouvre sur un couloir menant aux appartements. Quelques plantes vertes survivent dans la pénombre et côtoient une vieilles cuvette de toilette et des jouets d'enfants. Quand on ouvre la porte de l'appartement, on découvre malgré tout un nid douillet. Nous veillons tard ce soir-là entre repas, bière et moult toasts à la vodka. Le copain de Claire nous explique l'art du toast à la russe. D'après lui les premiers toasts doivent vite s'enchaîner puis ensuite on peut ralentir la cadence et le quatrième toast est réservé aux morts donc on ne trinque pas (car les morts ne sont pas là pour trinquer). Je ne suis pas sûre pour autant que l'art du toast soit une science exacte...

Russie (016)-vladivostok

Le 17 septembre, le temps nous permet enfin d'envisager une promenade en ville ou plutôt une expédition ! Nous restons coincés dans le bus un long moment. La circulation est bouchée. Arrêt total pendant de longues minutes. Excédées des personnes descendent du bus, nous leur emboîtons le pas. Nous sommes encore à plusieurs kilomètres du centre-ville mais c'est l'occasion de découvrir les quartiers populaires. Des vieux rabougris essaient d'arrondir leurs maigres retraites en improvisant un marché d'occasion le long d'un chemin de terre où se côtoient vieilleries invendables et vêtements démodés élimés. Un peu plus loin, une multitude de kiosques où chaque vendeuse semble enfermée dans sa boîte, une seule petite ouverture lui permettant de converser avec le client. Au milieu, des dames aux collants gris et fichus vendent des herbes aromatiques et des légumes. Chaque rue à traverser est une aventure. Il faut éviter les bus, les 4x4 et les tramways délabrés qui déboulent derrière les véhicules mal garés. Enfin le front de mer apparaît et dévoile un pont suspendu en construction, géant faisant le grand écart entre les rives tortueuses de la péninsule. Juste au-dessous une sculpture dédiée aux anciens combattants me captive. On peut dire ce que l'on veut de l'art soviétique, ces blocs de bronze sont fascinants. Je me vois déjà marcher le poing en avant avec ces révolutionnaires, le blizzard faisant voler les pans de mon manteau.

Russie (017)-vladivostok

Le centre-ville est tout petit comparé à l'étendue de Vladivostok et se résume à un port, la gare ferroviaire et un front de mer en à moitié en construction. Quelques rues découvrent de vieilles maisons mais les pentes affichent rapidement d’horribles buildings, certains non achevés mais abandonnés en l'état faute de fond pour continuer.

Russie (020)-vladivostok

Le lendemain nous avons rendez-vous avec Elena qui veut nous faire aimer Vladivostok. Elle a déjà redoré son blason depuis que la pluie s'est arrêtée et que nous avons découvert la ville sans nos vélos. Ils séjournent avec nos sacoches à l'Alliance. Elena nous fait admirer la gare sous toutes ses coutures, c'est grâce à elle et au mythique Transsibérien que la ville existe. En fin de journée Roman prend le relais et nous emmène découvrir les plus belles vues de la baie du haut des collines de la ville. Je découvre le deuxième pont suspendu en construction qui doit rallier l'île Russki au continent. Lui non plus n'est pas encore achevé et obéit au même calendrier que le premier, ce fameux sommet qui conditionne tous les grands travaux de la ville. Dans le ciel azur, il semble encore plus majestueux, sa silhouette se découpant parfaitement. Mais malgré tous les fonds envoyés par Moscou, les travaux avancent trop lentement. Seuls cinquante pour cent arriveraient à destination...

Russie (023)-vladivostok-front de mer

Roman est architecte, il vit pourtant dans un petit appartement qu'il partage avec un vieillard sourd et muet. Sa chambre est un mouchoir de poche et un e fois nos matelas installés, ils ne reste plus beaucoup de place. Chasseur à ses heures, il nous a concocté du gibier. Il m'avoue avoir déjà vu un ours dans la région et les empreintes d'un tigre de Sibérie. J'ai l'impression que le tigre est ici un peu comme le yéti. C'est l’emblème de la région, tout le monde en parle mais personne n'en a jamais vu, à part l'exemplaire empaillé de la ville.

Russie (038)-vladivostok-construction des ponts

Nous passons notre dernière journée sur l'île Russki qui se situe juste en face de la ville. Le temps manque pour faire le tour de l'île. A première vue, rien de bien palpitant, des barres d’immeubles, des friches, une plage jonchée de détritus et de la forêt. Les trésors de l'île doivent se cacher de l'autre côté. Mais il fait beau et ça fait du bien de respirer un peu d'air pur. Sur le bateau, les habitants de l'île, nous et un motard japonais. On joue aux dominos, on lit le journal. Le bateau est une barge où s'entassent automobiles et passagers sans siège. A part moi et le motard, personne ne s'extasie de la vue sur le port industriel et les tours de la ville.

Russie (042)-vladivostok

Le grand départ c'est pour ce soir !

Russie (031)-vladivostok-vue sur la ville

 

Par parisvladiv
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 18:16

Chine (027)-jilin-tournesols géants

A présent nous sommes des habitués des petits pains vapeur natures ou fourrés aux légumes ou à la viande. Mais nous mettons toujours autant de temps à faire nos courses en Chine. En tout cas j'ai testé beaucoup de nouvelles saveurs et le mieux reste ces petits pains et les pâtes à la cacahuète. Les mélanges de légumes sont souvent trop vinaigrés ou épicés pour mon palais occidental. J'ai également testé une série de snacks huileux, apparemment élaborés à base de pois, et aromatisés à la viande ou aux végétaux. Les saveurs, toujours sucrées sont aussi indéfinissables que celles des nouilles chinoises déshydratées.

Chine (023)-jilin- nourriture chinoise


Chine (046)-heilongjiang-insectes à croquer

La route sinueuse en construction se déroule dans une forêt inextricable. Tantôt de la piste, tantôt du ciment. Des tapis végétaux sont posés sur le ciment frais pour l'empêcher de sécher trop vite. Leurs filaments se prennent dans ma chaîne et les roulettes. Obligée de retirer cet amalgame graisseux car je n'avance plus. Nous n'avons pas croisé un seul village depuis ce matin et jusqu'aux abords de Shangzi en fin de journée.

Chine (035)-heilongjiang-shangzi

Et maintenant c'est comme si la route faisait des ronds. Après avoir roulé plus de 90 kms, nous sommes à 40 kms de Shangzi par l'autoroute. C'est vrai, ce matin on a un peu tourné sur les petites routes de campagne qui traversent tous les villages avant de trouver la bonne pour Mudanjdian. Dès que nous avons retrouvé le chemin de fer, c'était un jeu d'enfants mais tout ce suite moins bucolique. Dans la soirée, nous avons échoué non loin de la déchetterie du village, comprenez, l'endroit près de la rivière où tout le monde vient déposer ses ordures n'importe comment. Pas très glamour mais c'est le seul endroit à peu près plat et non cultivé.

Chine (019)-jilin-bivouac dans les champs

Mudanjdian, j'ai l'impression que plus je pédale et plus je m'en éloigne. La route ne suit pas du tout le même tracé que notre carte . Elle traverse l'autoroute maintes fois, fait des détours, est très vallonnée. Cela dit, c'est joli. Les tons des arbres commencent à changer. Des tâches rouges et oranges dans l'immensité verte de la forêt me rappelle que nous sommes en septembre. Les nuits aussi sont plus fraîches et je mets régulièrement mes deux sacs de couchage. Mais la nuit, le pire c'est l'humidité qui transit surtout au lever du jour. Il est temps d'arriver à Vladivostok.

Chine (020)-jilin-champ d 'éoliennes

Cette nuit, rien de plat. J'ai coincé la tente entre un champ de maïs et un chemin de terre pentu en espérant que personne ne passe dessus. Avec mes sacoches j'ai quand même réussi à me caler et à dormir à peu près allongée en les mettant sous mon matelas de sol. Il y a des cultures absolument partout et jusqu'à la limite des arbres. Pas un brin d'herbe mais un agencement structuré de riz, maïs et haricots. Parfois quelques cosmos apportent un peu de couleur et de poésie à cet ensemble si ordonné. Mais enfin Mudandjian et son demi million d'habitants se profilent à l'horizon. Il aura fallu 200 kms pour l'atteindre. Nous y retrouvons la S301 qui doit nous emmener jusqu'à Suifenhé. Sauf que ladite route s'arrête net devant une espèce d'autoroute après quelques kilomètres. Heureusement la circulation est bloquée sur l'un des côtés ce qui nous permet de circuler sans voiture. J'ai de plus en plus hâte d'arriver à la frontière russe !

Chine (026)-heilongjiang-arrivée à suifenhe

Deux jours plus tard, ce rêve se réalise. Et le passage de la frontière est même assez facile car ils ont résolu les problèmes en mettant en place un service régulier de bus obligatoire hors de prix avec plusieurs checkpoints. Les chinois ne nous ont même pas fait passer le contrôle des bagages ! Les russes qui passent la frontière reviennent chargés avec de gros sacs qu'ils traînent derrière eux. Arrivée côté russe, les formalités n'ont pas pris plus de cinq minutes et avec le sourire de surcroît. C'est presque trop facile.

Russie (004)-près de la frontière chinoise

C'est incroyable comme le paysage a changé! Ici, de la nature à l'état brut avec des broussailles, des joncs, des herbes folles et des arbres partout.

 

Réveil dans le coton. La visibilité est nulle et tout est trempé mais il n'a pas fait froid cette nuit. Comme si le climat s'était adoucit en passant les montagnes. La route est tranquille. Elle est défoncée mais il y a peu de circulation et quand on nous double, pas de klaxon. Ça fait du bien un peu de calme. Forêts de chêne et grandes étendues vierges. Les villages sont éloignés de la route. A la place des tours chinoises, de vieux blocs russes hideux. Dans les magasins, des produits type saucisses, conserves et gâteaux sans goût mais au moins je comprends ce qui est écrit sur les emballages et la communication est plus facile.

Russie (005)-près de la frontière chinoise

Bizarrement, en changeant de pays, on a changé radicalement de culture, de paysage et d'ethnie. Ici, tout le monde est de type caucasien. Ça paraît bien étrange dans ce coin du globe. Les personnes paraissent plus mélancoliques. Le temps semble s'écouler moins vite. Sur les bancs des vieilles femmes avec fichus, bas nylon, canne et souvent pas mal d'embonpoint.

 

La route s'est détériorée et est devenue par moment une piste poussiéreuse et ventée. Dommage car le paysage était moins vallonné, j'aurais pu avancer plus vite. Finalement je préférais les côtes du matin même sans mon petit plateau qui ne marche jamais quand j'en ai besoin. Très souvent nous croisons des entrées de bases militaires. Et ce matin défilé de chars avec tenue de camouflage sur la route.

 

Nous sommes arrivés à Ussurisk et bien évidemment le bureau de l'immigration était fermé ce jour là. Mais une jeune femme aimable comme une porte de prison m'a affirmé que l'enregistrement peut se faire pendant les sept premiers jours ouvrés au lieu des trois annoncés. J'ai souhaité demander confirmation auprès d'une autre personne. Comme elle n'était pas au courant, elle est allée vérifier auprès de sa collègue, la même. Elle m'a fusillée du regard en me redonnant la même information et en tournant bien vite des talons.

Russie (006)-près de la frontière chinoise

La route est toujours cabossée mais beaucoup plus passante et les camions nous frôlent presque quand ils nous dépassent. Les montées sont assez longues et raides et je rêve d'avoir un petit plateau qui fonctionne. Vincent s'est encore une fois emporté sans raison mais je commence à avoir l'habitude. S'il veut faire du stop jusqu'à Vladivostok, ce sera tout seul. Finalement il est resté avec moi.

 

Ce matin nous sommes partis sous une pluie fine mais elle s'intensifie de plus en plus et je dois maintenant plisser les yeux pour voir la route. Après avoir longtemps hésité entre être mouillée sans parka ou avec, j'ai opté pour le avec. Je préfère avoir trop chaud en montée que trop froid dans les descentes. Enfin le panneau « Vladivostok » au sommet d'une colline. Je me dis qu'enfin les montagnes russes c'est fini et que la route va descendre doucement jusqu'à la mer que j'aperçois avec peine tant la vue est bouchée. Je vais attendre pendant 25 kms l'arrivée en centre-ville...

Russie (007)-arrivée à vladivostok

La route est de plus en plus mauvaise, tantôt piste de gravier puis glissante de boue, rétrécie et qui peine à faire passer le flot de véhicules. Ça bouchonne. Je m'affale lamentablement à cause d'une plaque de boue sur le bas-côté. A l'approche du centre-ville des barres d'immeubles grises surgissent, leurs sommet dans la brume. Mais je n'ai pas le loisir d'apprécier la fin du voyage jusqu'à ce bout du monde. Je suis trempée jusqu'aux os, mon pantalon est lesté de boue et je ne sais pas encore où je vais dormir.

Russie (008)-arrivée à vladivostok

Nous sommes le 15 septembre quand je rejoins enfin le cœur de Vladivostok, sous la pluie battante.  

Russie (009)-arrivée à vladivostok

Par parisvladiv
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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 17:12

 

Mon vélo commence à avoir de sérieux problèmes... Même avec notre nouvelle huile, il ne roule pas mieux. Je ne peux plus utiliser toutes mes vitesses. Dès que j'appuie un peu plus fort sur les pédales, ça fait un bruit d'enfer. Verdict: les plateaux sont trop usés et la chaîne n'accroche plus dessus. Ça ne va pas en s'améliorant car le paysage est vallonné et le nombre de vitesses et de plateaux utilisables se réduit de plus en plus.

 

Peu après Hexigten Qi, nous avons pris une route qui n'était pas encore ouverte à la circulation. 20 km de bonheur. Bordée d'énormes plants de cannabis, je me suis demandée en rigolant si ce n'était pas un coin de narco-trafiquants. Mais pas âme qui vive. On est un peu perdu dans toutes ces routes qui ne sont pas sur notre carte surtout que celle qu'on voulait rejoindre n'existe pas. Nous avons pris en photo la carte d'un routier, beaucoup plus précise que la nôtre et avec les bons numéros de route. Les noms de certaines villes sont indiqués en anglais et en chinois, ce sera plus facile pour demander notre chemin et lire les panneaux.

 

Mais à présent nous sommes condamnés à rester pour un moment sur cette grande route, la G303. Pas très palpitant. Elle traverse peu de villages, évite les villes et le paysage est monotone. Une colline après l'autre. Du vent. Jamais dans le dos. On a changé ma chaîne. Je note une légère amélioration mais il faut vraiment que je trouve un magasin de vélo à la prochaine ville. Tous les jours, nous croisons des péages sur cette route. De grands bâtiments où logent le personnel les côtoient, souvent isolés. Aujourd'hui je suis arrivée toute dégoulinante de sueur pour demander de l'eau. L'un des types m'a emmené dans son bureau et a ouvert une armoire. Il m'a donné un petit cabas avec une serviette de toilette toute neuve, un gel douche et du shampoing. J'ai filé direct sous la douche! Une fois sortie, il m'a installée devant son ordinateur et grâce au traducteur sur internet, il a pu avoir toutes les réponses à ses questions. D'où je viens, où je vais, pourquoi ce voyage,...? Son collègue est revenu avec un gros paquet de gants blancs en coton qu'il voulait m'offrir. Ils les utilisent pour leur service car ils s'occupent du péage mais également de la police du trafic. J'en ai pris juste une paire pour leur faire plaisir. C'était une halte bien agréable en fin de journée...

 

La route a changé de numéro mais elle est toujours aussi peu intéressante. On s'est arrêté en ville pour changer mon matériel de vélo. Une jeune femme nous a d'abord conduit dans un petit magasin de cycle, qui nous en a indiqué un second qui n'avait toujours pas les pièces adéquates. Un attroupement s'est formé. Après réflexion, on nous a indiqué une boutique dans la vieille ville. Notre bienfaitrice a appelé son père qui est venu avec son pick-up. Il nous ont déposé devant le magasin avant de retourner à leur occupation. Peu de temps après deux professeurs d'anglais sont passées par là. Elles nous ont aidés à expliquer le problème au réparateur. Je ne savais pas trop s'il avait les pièces et si ça valait le coup d'attendre car il s'affairait sur d'autres bicyclettes mais finalement il a trouvé le matériel en démontant un des vélos en vitrine. Les vendeurs ont installé une tente sur le trottoir pour nous protéger du soleil! Vu l'étroitesse des magasins et la largesse des trottoirs, ils deviennent forcément le prolongement des boutiques. Nous sommes vite devenus l'attraction du quartier. Et ce lieu était en fait une association de cyclisme. Le vélo réparé, le chef des pompiers, de passage dans le coin, nous a tous emmené déjeuner dans un restaurant près de la caserne. Sur le plateau tournant de la table, c'est un défilé de plats colorés plus succulents les uns que les autres: salades, soupes, bœufs aux carottes, ravioli de viande ou végétariens, plats de légumes, salade de fruit. Il y en avait pour tous les goûts! La plupart sont ensuite retournés travailler mais une jeune fille avec son petit dictionnaire chinois-anglais nous a accompagnés au supermarché puis le réparateur vélo et le président de l'association nous ont guidés en voiture jusqu'à la sortie de la ville. Quel travail d'équipe! Franchement ils sont épatants de gentillesse. Nous ne sommes pas allés très loin car l'heure était déjà bien avancée mais mon destrier ne faisait plus un bruit de ferraille abominable. Au final j'ai dû changer mes plateaux et ma cassette mais sur trois plateaux il y en a que deux qui fonctionnent.

 

Le 31 août, nous avons enfin quitté la grande route et les bourrasques de vent pour s'enfoncer dans les champs de maïs, de tournesol et de haricots. Nous croisons maintenant beaucoup de villages et, avec les cultures, ce n'est pas forcément facile de trouver un endroit pour camper. Je n'ai jamais vu de maïs aussi hauts, ni de tournesols si gigantesques. Leurs fleurs sont énormes et trônent à plusieurs mètres au-dessus du sol. Ils sont plantés si serrés qu'il est impossible de marcher dans les champs. Il y a toujours plus de moustiques et ça devient insupportable dès que la nuit tombe. Je me tartine le visage et les mains d'anti-moustique, enfile mon pantalon de pluie et ma windstopper et mets ma capuche. Ce sont les seuls vêtements que ces bestioles n'arrivent pas à transpercer. La petite route cabossée est devenue tout à coup une belle route asphaltée bordée d'arbres en changeant de région. Il y a beaucoup d'éoliennes ici et bizarrement elle ne font aucun bruit. Ça y est nous avons quitté la Mongolie Intérieure!

 

A Tongyu, nous avons trouvé un hôtel pas cher et notre hôtesse nous a amené aux bains. Des douches entourent des tables de massage et il y a une salle de vapeur chaude. Mais il manque l'eau froide. Impossible de faire son mélange car tout est préréglé. Comme dans un hammam, on peut y rester autant de temps que l'on veut, ce n'est pas comme les douches publiques chronométrées de Mongolie. J'ai aussi pu faire réparer mon ordinateur en moins de 3 heures. Changement de carte mère, quelques points de colle, fabrication d'une nouvelle alimentation avec un produit concurrent, tous ces bidouillages vont prolonger la durée de vie de ma machine. Mais LA grande découverte à Tongyu fut finalement la sauce à la cacahuète pour accompagner les nouilles chinoises. La pâte de cacahuètes c'est bon, énergétique et ça ne prend pas trop de place. Un peu délayée avec du lait c'est savoureux. Il faut juste avoir un peu de patience lors du mélange car ça colle!

 

Puis pendant plusieurs jours nous suivons la même route, la S301, qui doit nous amener jusqu'à Shangzi. Elle n'est pas très large et assez passante à certains endroits. C'est usant de s'entendre toujours klaxonner pour un rien. Ici, le klaxon sert à dire à celui de devant « J'arrive et je vais plus vite que toi alors dégage! ». Du coup les camions arrivent à fond la caisse en klaxonnant en permanence et ne ralentissent pas d'un poil.

 

Nous sommes devenus des habitués des champs de maïs car il n'y a pas de place pour mettre la tente ailleurs. Le soir on se faufile dans un chemin de terre entre deux champs et on cale la tente dès qu'il y a un peu de place. C'est étrange toutes ces plantations car je n'ai pas encore mangé de maïs depuis que je suis arrivée en Chine et, à part quelques épis grillés, je n'en vois jamais dans les commerces.

 

Vincent a trouvé du matériel de rechange à Songyan, une chaîne et une cassette, démontés d'un autre vélo encore une fois. Songyan est une des nombreuses villes chinoises que nous traversons. A chaque fois je suis frappée par le changement énorme qui s'est opéré en une génération. Les jeunes hommes surtout. Ils paraissent tous lookés à mort, ont des coupes de cheveux sculptées, sont très minces et efféminés par rapport à la génération précédente. J'ai été demander mon chemin dans un magasin de coiffure et j'avais l'impression que tous les hommes sortaient d'un manga avec leurs chevelures épaisses et soigneusement mises en pli qui flottaient dans l'air.

 

Un bruit d'enfer partout, ils vivent dans le bruit. Même s'ils ont des véhicules électriques. Ça klaxonne malgré les nombreux panneaux d'interdiction en ville. Des vendeurs avec des hauts-parleurs déambulent. Tout ça fait un vacarme énorme. Je ne suis pas mécontente de retrouver un peu le calme de la campagne surtout que le maïs a cédé la place au riz. La taille de la route aussi a changé, elle est étroite et toute défoncée. Il n'y a la place que pour une voiture. Le problème c'est les camions qui bien sûr klaxonnent sans ralentir. Nous traversons des villages perdus dans la forêt ou les rizières. C'est affreux tous ces moustiques mais c'est si beau le soir au couchant quand une brume duveteuse s'élève au-dessus des rizières.

 

Par parisvladiv
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 23:58

Dès notre arrivée en Chine, je suis frappée par la douceur des gens et leur disponibilité. Jamais on ne m'ignore quand on comprend que je ne parle pas chinois. On cherche à me comprendre et à m'aider. Et ça peut prendre du temps! Mais jamais ils n'abandonnent. Et pourtant ici on travaille dur et longtemps. La plupart des personnes vivent dans leurs magasins et travaillent du lever au coucher. On mange en attendant le client, on s'occupe des enfants en attendant le client, on fait le ménage en attendant le client.

 

Paradoxalement c'est parfois étonnamment facile de se faire comprendre comme si nos cerveaux étaient télépathiquement connectés. Peut être parce qu'ils sont si désireux de nous aider? Car nous communiquons le plus souvent par gestes ou en faisant des dessins. Je me suis livrée plusieurs fois à la même expérience pour acheter des œufs en Mongolie et en Chine. Je mime une poule en train de pondre un œuf. Ça fait rire à chaque fois. C'est déjà ça! En Mongolie, on m'a tendu du papier hygiénique mais en Chine j'ai pu obtenir des œufs ou un « meyo » (il n'y en a pas ).

 

A chaque fois que nous cherchons un hôtel ou du matériel pour notre vélo, même chose. A Hexigten Qi, comme à Erlian, on nous a amené dans un hôtel, on nous a aidé à porter les bagages et on s'est assuré que tout allait bien avant de disparaître en nous laissant un numéro de téléphone « au cas où ». Je me souviens de la réceptionniste à Hexigten Qi, un ange de patience. Elle répond à toutes nos questions grâce au traducteur de Google. Vous allez me dire « C'est son boulot après tout! ». Essayez la même chose en France et on en reparle... Au mieux vous aurez gain de cause mais avec l'exaspération en prime. Moi j'ai eu le sourire en plus.

 

Toujours à Hexigten Qi, il nous a fallu deux heures pour trouver de l'huile pour notre vélo. Et pourtant j'avais le dictionnaire de chinois et je répétais « Shiyou? » à qui mieux mieux. Mais ma prononciation est un peu aléatoire et je n'arrive pas à reproduire leurs sons avec les bons tons*. Une jeune fille nous a même accompagnés dans une dizaine d'endroits. « Shiyou? » Regard interrogateur. Je montre ma chaîne de vélo. On me montre de l'huile. « Non pas celle là, on la connaît, elle n'est pas mieux que notre huile végétale qui poisse et en plus le bouchon ne se referme pas ». « Non, celle là non plus. C'est de la graisse, ça fait des pâtés ». On dirait le Petit Prince commandant son mouton. Un monsieur nous montre une huile noirâtre très liquide, parfaite pour nos vélos. « C'est tout à fait ce que je voulais! » Incapable de nous dire d'où elle vient, il nous donne son pot.

 

Faire les courses pour les repas nous prend invariablement une heure. Je reste perplexe devant les emballages écrits exclusivement en chinois et ne ressemblant à rien de connu. Pas de boîte de conserve mais des mélanges sous vide à l'apparence bizarre. A chaque fois je recommence le mime «  ça se mange avec quoi? » en tentant les associations avec le riz, les pâtes et le pain. Et ensuite « ça se mange chaud ou froid? ». Impossible de savoir a priori.

 

Et c'est comme ça tous les jours...

Finalement, on a presque plus le temps de pédaler!

 

 

* A la différence du français, le chinois est une langue tonale, c'est-à-dire que le ton sert à la distinction des mots. Le ton est un changement de hauteur de prononciation pour une même syllabe. Il existe 4 tons principaux:

- Premier ton (ˉ), ton plat ou ton haut : assez élevé et égal ;

- Second ton (ˊ), ton montant : partant d'assez bas et montant brièvement ;

- Troisième ton (ˇ), ton bas : en creux et infléchi ;

- Quatrième ton (ˋ), ton descendant : haut, bref et descendant (se prononce comme une exclamation comme "Na !").

Il y a également un cinquième ton : le ton zéro ou ton léger. Une voyelle portant ce ton ne se prononce qu'à peine et passe inaperçue à l'oreille.



Par parisvladiv
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 21:34

En quelques kilomètres nous sommes retournés dans le désert qui semble encore plus aride que du côté mongol. Sur ma carte un petit trait rouge l'indique. J'imaginais une piste améliorée mais en fait c'est un très bon bitume. Peu de circulation. Nous campons derrière une ferme et on nous amène un plat de buzz (des raviolis au mouton, une spécialité mongole). Ils vont me faire trois repas. Ils complètent à merveille les céréales du matin et le déjeuner plus que frugal.

Chine (004)-mongolie intérieure

Des centaines de moutons entassés dans des camions nous dépassent chaque jour. Parfois l'un d'entre eux a déjà passé l'arme à gauche et pendouille sur le côté, les tripes au vent. Nous croisons ces mêmes véhicules vides en sens inverse.

 

La route est beaucoup plus ennuyeuse que le Gobi côté mongol. De la terre aride, peu de maisons. Pas besoin de regarder où se place la roue, on pédale en ligne droite. J'écoute de la musique et j'attends que ça se passe. On dirait que les villes surgissent de nulle part. De la poussière tout autour. Pas un arbre. A peine un peu d'herbe jaunie.

 

Paysage morne, des collines apparaissent mais toujours rien à regarder. Des automobilistes nous ont offert des fruits sur la route. Je n'avais pas mangé de pastèque depuis des mois. Ça a brisé un peu la monotonie de la journée. Le vent s'est mis à souffler de côté de plus en plus fort, je peinais à rester sur la route car chaque camion qui passe fait un appel d'air. Les panneaux indiquent toujours plus de kilomètres que notre carte. J'ai l'impression que la ville n'arrivera jamais. Et ce soleil qui tape de plus en plus et m'éblouit malgré le casque, les lunettes et le chèche.

Chine (006)-mongolie intérieure-rencontre

Ai mangé à l'ombre d'un poteau électrique et de mon vélo ce midi. Misérable protection. Enfin la ville. Des tours en construction, des grues, une rangée de magasins qui attendent un acquéreur, des immeubles opulents et kitsch à souhait. Il y en a même un doré en forme de couronne. Des fils barbelés sont apparus le long de la route. Je suis prisonnière de l'asphalte.

Chine (005)-mongolie intérieure-abag qi

Après trois jours de route, nous arrivons enfin à Xilinhot mais un peu trop tard dans la soirée. Je n'avais pas envisagé une ville aussi étendue. Nous campons dans un parc du centre-ville en priant qu'on ne nous déloge pas cette nuit. Des immeubles tout neuf, surmontés de coupoles de couleur, d'antennes énormes. Des néons. Ça brille. Plein de moustiques aussi... Au petit matin, les chinois viennent marcher, courir ou faire leur gymnastique dans le parc. Ils sont étonnés de nous voir là mais nous montre plutôt des signes de sympathie. Les jardinières sont venues me faire la causette. On dirait des femmes invisibles tant elles se protègent du soleil et de la poussière. Comme toutes les femmes ici d'ailleurs dès qu'elles enfourchent une mobylette ou une bicyclette. La peau blanche doit être à la mode.

 

Heureusement que nous n'avons pas tenté la sortie de la ville hier car il faut encore traverser une zone industrielle avant de retrouver la campagne et ses barbelés. L'herbe est de retour, nous retrouvons des paysages de steppes mongoles. Mais la steppe chinoise a moins de charme, elle est quadrillée par les lignes électriques et les barrières. On récolte les foins, j'aperçois des meules à perte de vue. Pas de yourte mais des maisons en dur. Les chinois vont même jusqu'à construire des yourtes en béton. Des maisons rondes comme les yourtes, de la même couleur et avec les mêmes décorations mais avec des fenêtres! L'identité mongole est très marquée dans cette région où les panneaux sont en chinois et en mongol alors que cet alphabet n'est même plus utilisé en Mongolie convertie au cyrillique sous le joug soviet.

 

A contresens maintenant, des camions chargés de pauvres bêtes. C'est donc là où vont les moutons.

Chine (001)-mongolie intérieure-rencontre sur la route

Par parisvladiv
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