Dernière ligne droite

Publié le par parisvladiv

Chine (027)-jilin-tournesols géants

A présent nous sommes des habitués des petits pains vapeur natures ou fourrés aux légumes ou à la viande. Mais nous mettons toujours autant de temps à faire nos courses en Chine. En tout cas j'ai testé beaucoup de nouvelles saveurs et le mieux reste ces petits pains et les pâtes à la cacahuète. Les mélanges de légumes sont souvent trop vinaigrés ou épicés pour mon palais occidental. J'ai également testé une série de snacks huileux, apparemment élaborés à base de pois, et aromatisés à la viande ou aux végétaux. Les saveurs, toujours sucrées sont aussi indéfinissables que celles des nouilles chinoises déshydratées.

Chine (023)-jilin- nourriture chinoise


Chine (046)-heilongjiang-insectes à croquer

La route sinueuse en construction se déroule dans une forêt inextricable. Tantôt de la piste, tantôt du ciment. Des tapis végétaux sont posés sur le ciment frais pour l'empêcher de sécher trop vite. Leurs filaments se prennent dans ma chaîne et les roulettes. Obligée de retirer cet amalgame graisseux car je n'avance plus. Nous n'avons pas croisé un seul village depuis ce matin et jusqu'aux abords de Shangzi en fin de journée.

Chine (035)-heilongjiang-shangzi

Et maintenant c'est comme si la route faisait des ronds. Après avoir roulé plus de 90 kms, nous sommes à 40 kms de Shangzi par l'autoroute. C'est vrai, ce matin on a un peu tourné sur les petites routes de campagne qui traversent tous les villages avant de trouver la bonne pour Mudanjdian. Dès que nous avons retrouvé le chemin de fer, c'était un jeu d'enfants mais tout ce suite moins bucolique. Dans la soirée, nous avons échoué non loin de la déchetterie du village, comprenez, l'endroit près de la rivière où tout le monde vient déposer ses ordures n'importe comment. Pas très glamour mais c'est le seul endroit à peu près plat et non cultivé.

Chine (019)-jilin-bivouac dans les champs

Mudanjdian, j'ai l'impression que plus je pédale et plus je m'en éloigne. La route ne suit pas du tout le même tracé que notre carte . Elle traverse l'autoroute maintes fois, fait des détours, est très vallonnée. Cela dit, c'est joli. Les tons des arbres commencent à changer. Des tâches rouges et oranges dans l'immensité verte de la forêt me rappelle que nous sommes en septembre. Les nuits aussi sont plus fraîches et je mets régulièrement mes deux sacs de couchage. Mais la nuit, le pire c'est l'humidité qui transit surtout au lever du jour. Il est temps d'arriver à Vladivostok.

Chine (020)-jilin-champ d 'éoliennes

Cette nuit, rien de plat. J'ai coincé la tente entre un champ de maïs et un chemin de terre pentu en espérant que personne ne passe dessus. Avec mes sacoches j'ai quand même réussi à me caler et à dormir à peu près allongée en les mettant sous mon matelas de sol. Il y a des cultures absolument partout et jusqu'à la limite des arbres. Pas un brin d'herbe mais un agencement structuré de riz, maïs et haricots. Parfois quelques cosmos apportent un peu de couleur et de poésie à cet ensemble si ordonné. Mais enfin Mudandjian et son demi million d'habitants se profilent à l'horizon. Il aura fallu 200 kms pour l'atteindre. Nous y retrouvons la S301 qui doit nous emmener jusqu'à Suifenhé. Sauf que ladite route s'arrête net devant une espèce d'autoroute après quelques kilomètres. Heureusement la circulation est bloquée sur l'un des côtés ce qui nous permet de circuler sans voiture. J'ai de plus en plus hâte d'arriver à la frontière russe !

Chine (026)-heilongjiang-arrivée à suifenhe

Deux jours plus tard, ce rêve se réalise. Et le passage de la frontière est même assez facile car ils ont résolu les problèmes en mettant en place un service régulier de bus obligatoire hors de prix avec plusieurs checkpoints. Les chinois ne nous ont même pas fait passer le contrôle des bagages ! Les russes qui passent la frontière reviennent chargés avec de gros sacs qu'ils traînent derrière eux. Arrivée côté russe, les formalités n'ont pas pris plus de cinq minutes et avec le sourire de surcroît. C'est presque trop facile.

Russie (004)-près de la frontière chinoise

C'est incroyable comme le paysage a changé! Ici, de la nature à l'état brut avec des broussailles, des joncs, des herbes folles et des arbres partout.

 

Réveil dans le coton. La visibilité est nulle et tout est trempé mais il n'a pas fait froid cette nuit. Comme si le climat s'était adoucit en passant les montagnes. La route est tranquille. Elle est défoncée mais il y a peu de circulation et quand on nous double, pas de klaxon. Ça fait du bien un peu de calme. Forêts de chêne et grandes étendues vierges. Les villages sont éloignés de la route. A la place des tours chinoises, de vieux blocs russes hideux. Dans les magasins, des produits type saucisses, conserves et gâteaux sans goût mais au moins je comprends ce qui est écrit sur les emballages et la communication est plus facile.

Russie (005)-près de la frontière chinoise

Bizarrement, en changeant de pays, on a changé radicalement de culture, de paysage et d'ethnie. Ici, tout le monde est de type caucasien. Ça paraît bien étrange dans ce coin du globe. Les personnes paraissent plus mélancoliques. Le temps semble s'écouler moins vite. Sur les bancs des vieilles femmes avec fichus, bas nylon, canne et souvent pas mal d'embonpoint.

 

La route s'est détériorée et est devenue par moment une piste poussiéreuse et ventée. Dommage car le paysage était moins vallonné, j'aurais pu avancer plus vite. Finalement je préférais les côtes du matin même sans mon petit plateau qui ne marche jamais quand j'en ai besoin. Très souvent nous croisons des entrées de bases militaires. Et ce matin défilé de chars avec tenue de camouflage sur la route.

 

Nous sommes arrivés à Ussurisk et bien évidemment le bureau de l'immigration était fermé ce jour là. Mais une jeune femme aimable comme une porte de prison m'a affirmé que l'enregistrement peut se faire pendant les sept premiers jours ouvrés au lieu des trois annoncés. J'ai souhaité demander confirmation auprès d'une autre personne. Comme elle n'était pas au courant, elle est allée vérifier auprès de sa collègue, la même. Elle m'a fusillée du regard en me redonnant la même information et en tournant bien vite des talons.

Russie (006)-près de la frontière chinoise

La route est toujours cabossée mais beaucoup plus passante et les camions nous frôlent presque quand ils nous dépassent. Les montées sont assez longues et raides et je rêve d'avoir un petit plateau qui fonctionne. Vincent s'est encore une fois emporté sans raison mais je commence à avoir l'habitude. S'il veut faire du stop jusqu'à Vladivostok, ce sera tout seul. Finalement il est resté avec moi.

 

Ce matin nous sommes partis sous une pluie fine mais elle s'intensifie de plus en plus et je dois maintenant plisser les yeux pour voir la route. Après avoir longtemps hésité entre être mouillée sans parka ou avec, j'ai opté pour le avec. Je préfère avoir trop chaud en montée que trop froid dans les descentes. Enfin le panneau « Vladivostok » au sommet d'une colline. Je me dis qu'enfin les montagnes russes c'est fini et que la route va descendre doucement jusqu'à la mer que j'aperçois avec peine tant la vue est bouchée. Je vais attendre pendant 25 kms l'arrivée en centre-ville...

Russie (007)-arrivée à vladivostok

La route est de plus en plus mauvaise, tantôt piste de gravier puis glissante de boue, rétrécie et qui peine à faire passer le flot de véhicules. Ça bouchonne. Je m'affale lamentablement à cause d'une plaque de boue sur le bas-côté. A l'approche du centre-ville des barres d'immeubles grises surgissent, leurs sommet dans la brume. Mais je n'ai pas le loisir d'apprécier la fin du voyage jusqu'à ce bout du monde. Je suis trempée jusqu'aux os, mon pantalon est lesté de boue et je ne sais pas encore où je vais dormir.

Russie (008)-arrivée à vladivostok

Nous sommes le 15 septembre quand je rejoins enfin le cœur de Vladivostok, sous la pluie battante.  

Russie (009)-arrivée à vladivostok

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