Là où vont les moutons

Publié le par parisvladiv

En quelques kilomètres nous sommes retournés dans le désert qui semble encore plus aride que du côté mongol. Sur ma carte un petit trait rouge l'indique. J'imaginais une piste améliorée mais en fait c'est un très bon bitume. Peu de circulation. Nous campons derrière une ferme et on nous amène un plat de buzz (des raviolis au mouton, une spécialité mongole). Ils vont me faire trois repas. Ils complètent à merveille les céréales du matin et le déjeuner plus que frugal.

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Des centaines de moutons entassés dans des camions nous dépassent chaque jour. Parfois l'un d'entre eux a déjà passé l'arme à gauche et pendouille sur le côté, les tripes au vent. Nous croisons ces mêmes véhicules vides en sens inverse.

 

La route est beaucoup plus ennuyeuse que le Gobi côté mongol. De la terre aride, peu de maisons. Pas besoin de regarder où se place la roue, on pédale en ligne droite. J'écoute de la musique et j'attends que ça se passe. On dirait que les villes surgissent de nulle part. De la poussière tout autour. Pas un arbre. A peine un peu d'herbe jaunie.

 

Paysage morne, des collines apparaissent mais toujours rien à regarder. Des automobilistes nous ont offert des fruits sur la route. Je n'avais pas mangé de pastèque depuis des mois. Ça a brisé un peu la monotonie de la journée. Le vent s'est mis à souffler de côté de plus en plus fort, je peinais à rester sur la route car chaque camion qui passe fait un appel d'air. Les panneaux indiquent toujours plus de kilomètres que notre carte. J'ai l'impression que la ville n'arrivera jamais. Et ce soleil qui tape de plus en plus et m'éblouit malgré le casque, les lunettes et le chèche.

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Ai mangé à l'ombre d'un poteau électrique et de mon vélo ce midi. Misérable protection. Enfin la ville. Des tours en construction, des grues, une rangée de magasins qui attendent un acquéreur, des immeubles opulents et kitsch à souhait. Il y en a même un doré en forme de couronne. Des fils barbelés sont apparus le long de la route. Je suis prisonnière de l'asphalte.

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Après trois jours de route, nous arrivons enfin à Xilinhot mais un peu trop tard dans la soirée. Je n'avais pas envisagé une ville aussi étendue. Nous campons dans un parc du centre-ville en priant qu'on ne nous déloge pas cette nuit. Des immeubles tout neuf, surmontés de coupoles de couleur, d'antennes énormes. Des néons. Ça brille. Plein de moustiques aussi... Au petit matin, les chinois viennent marcher, courir ou faire leur gymnastique dans le parc. Ils sont étonnés de nous voir là mais nous montre plutôt des signes de sympathie. Les jardinières sont venues me faire la causette. On dirait des femmes invisibles tant elles se protègent du soleil et de la poussière. Comme toutes les femmes ici d'ailleurs dès qu'elles enfourchent une mobylette ou une bicyclette. La peau blanche doit être à la mode.

 

Heureusement que nous n'avons pas tenté la sortie de la ville hier car il faut encore traverser une zone industrielle avant de retrouver la campagne et ses barbelés. L'herbe est de retour, nous retrouvons des paysages de steppes mongoles. Mais la steppe chinoise a moins de charme, elle est quadrillée par les lignes électriques et les barrières. On récolte les foins, j'aperçois des meules à perte de vue. Pas de yourte mais des maisons en dur. Les chinois vont même jusqu'à construire des yourtes en béton. Des maisons rondes comme les yourtes, de la même couleur et avec les mêmes décorations mais avec des fenêtres! L'identité mongole est très marquée dans cette région où les panneaux sont en chinois et en mongol alors que cet alphabet n'est même plus utilisé en Mongolie convertie au cyrillique sous le joug soviet.

 

A contresens maintenant, des camions chargés de pauvres bêtes. C'est donc là où vont les moutons.

Chine (001)-mongolie intérieure-rencontre sur la route

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