Éloge de la patience
Dès notre arrivée en Chine, je suis frappée par la douceur des gens et leur disponibilité. Jamais on ne m'ignore quand on comprend que je ne parle pas chinois. On cherche à me comprendre et à m'aider. Et ça peut prendre du temps! Mais jamais ils n'abandonnent. Et pourtant ici on travaille dur et longtemps. La plupart des personnes vivent dans leurs magasins et travaillent du lever au coucher. On mange en attendant le client, on s'occupe des enfants en attendant le client, on fait le ménage en attendant le client.
Paradoxalement c'est parfois étonnamment facile de se faire comprendre comme si nos cerveaux étaient télépathiquement connectés. Peut être parce qu'ils sont si désireux de nous aider? Car nous communiquons le plus souvent par gestes ou en faisant des dessins. Je me suis livrée plusieurs fois à la même expérience pour acheter des œufs en Mongolie et en Chine. Je mime une poule en train de pondre un œuf. Ça fait rire à chaque fois. C'est déjà ça! En Mongolie, on m'a tendu du papier hygiénique mais en Chine j'ai pu obtenir des œufs ou un « meyo » (il n'y en a pas ).
A chaque fois que nous cherchons un hôtel ou du matériel pour notre vélo, même chose. A Hexigten Qi, comme à Erlian, on nous a amené dans un hôtel, on nous a aidé à porter les bagages et on s'est assuré que tout allait bien avant de disparaître en nous laissant un numéro de téléphone « au cas où ». Je me souviens de la réceptionniste à Hexigten Qi, un ange de patience. Elle répond à toutes nos questions grâce au traducteur de Google. Vous allez me dire « C'est son boulot après tout! ». Essayez la même chose en France et on en reparle... Au mieux vous aurez gain de cause mais avec l'exaspération en prime. Moi j'ai eu le sourire en plus.
Toujours à Hexigten Qi, il nous a fallu deux heures pour trouver de l'huile pour notre vélo. Et pourtant j'avais le dictionnaire de chinois et je répétais « Shiyou? » à qui mieux mieux. Mais ma prononciation est un peu aléatoire et je n'arrive pas à reproduire leurs sons avec les bons tons*. Une jeune fille nous a même accompagnés dans une dizaine d'endroits. « Shiyou? » Regard interrogateur. Je montre ma chaîne de vélo. On me montre de l'huile. « Non pas celle là, on la connaît, elle n'est pas mieux que notre huile végétale qui poisse et en plus le bouchon ne se referme pas ». « Non, celle là non plus. C'est de la graisse, ça fait des pâtés ». On dirait le Petit Prince commandant son mouton. Un monsieur nous montre une huile noirâtre très liquide, parfaite pour nos vélos. « C'est tout à fait ce que je voulais! » Incapable de nous dire d'où elle vient, il nous donne son pot.
Faire les courses pour les repas nous prend invariablement une heure. Je reste perplexe devant les emballages écrits exclusivement en chinois et ne ressemblant à rien de connu. Pas de boîte de conserve mais des mélanges sous vide à l'apparence bizarre. A chaque fois je recommence le mime « ça se mange avec quoi? » en tentant les associations avec le riz, les pâtes et le pain. Et ensuite « ça se mange chaud ou froid? ». Impossible de savoir a priori.
Et c'est comme ça tous les jours...
Finalement, on a presque plus le temps de pédaler!
* A la différence du français, le chinois est une langue tonale, c'est-à-dire que le ton sert à la distinction des mots. Le ton est un changement de hauteur de prononciation pour une même syllabe. Il existe 4 tons principaux:
- Premier ton (ˉ), ton plat ou ton haut : assez élevé et égal ;
- Second ton (ˊ), ton montant : partant d'assez bas et montant brièvement ;
- Troisième ton (ˇ), ton bas : en creux et infléchi ;
- Quatrième ton (ˋ), ton descendant : haut, bref et descendant (se prononce comme une exclamation comme "Na !").
Il y a également un cinquième ton : le ton zéro ou ton léger. Une voyelle portant ce ton ne se prononce qu'à peine et passe inaperçue à l'oreille.